
Le côté obscur... | |
Avec Macbeth, tragédie shakespearienne classique, Michael Walling avait obtenu les éclats de rire de l'assistance. Avec Twelfth night (or what you will), catégorisée comédie, le comédien-metteur en scène britannique a suscité la douleur. Sur une mise en scène rendue fluide par un accompagnement musical dépouillé et un décor minimaliste, Border Crossings a délivré deux heures d'art dramatique d'excellente facture. Avis à tous les amoureux de théâtre, et même ceux qui n'aiment pas particulièrement Shakespeare... Viola, héroïne principale de Twelfth night (or what you will) est un homme: Gareth Corke. Sir Andrew, un jeune chevalier, est une fille - Melody Brown. Cette inversion de sexes n'est pas nouvelle. Dans le théâtre élisabéthain, les adolescents jouaient le rôle de personnages féminins des pièces présentées. Gareth Corke, dans la peau des jumeaux Viola et Sebastian, déclenche, dès les premières minutes, un mécanisme de réflexion et d'interrogation: comment Michael Walling a-t-il conçu le dénouement de la pièce, où les jumeaux se croisent enfin et se rassurent, l'un et l'autre, qu'ils sont vivants? On ne vous le dira pas... Intriguant puisque, dans la scène finale, telle que présentée dans le texte, la rencontre entre les jumeaux est également le moment où Viola, débarrassée de son déguisement masculin, épouse le duc Orsino, tandis que Sebastian passe l'anneau au doigt d'Olivia. Mais, au lieu de deux comédiens, Michael Walling a opté pour un seul. Le doute est amplifié dans la dimension que le directeur artistique, comédien et metteur en scène de Border Crossings, confère à Twelfth Night. Les craintes et remises en question de Viola, dans la peau de Cesario, le page d'Orsino, sont évocatrices de ces incertitudes profondes sur le sexe qui inquiètent tout un chacun à un moment ou un autre. | De même, les scènes où Viola ou Sebastian, individuellement, sont confrontés à la possibilité que l'un ou l'autre se soit noyé, pendant le naufrage, ne sont pas loin de la détresse d'un Hamlet ou d'un Othello. Et parfois ces considérations si subjectives crédibilisent des héros de tragédie davantage que ne font les angoisses d'ordre métaphysique et existentiel! A côté de ce caractère obscur élaboré à divers niveaux, Michael Walling ne néglige pas l'humour. Souvenons-nous, Twelfth Night est une comédie. La diction claire et parfaite des neuf comédiens de Border Crossings rend, à ce titre, les passages humoristiques très accessibles. Voire, les 'rajouts' de Michael Walling ne manquent pas de piment: These are none but her c's, u's, n's, and t's, dit Malvolio, à un moment, lisant une lettre qu'il croit d'Olivia, mais qui est en fait une tromperie ficelée par Maria, Toby, Feste et Andrew. Humour également pour ridiculiser la bêtise de Malvolio, l'ambitieux , justement. Le médium utilisé, cette fois, Feste, le fou du roi. Quelle meilleure arme pour faire rire que le rire? Mais Feste ne fait pas que rire aux éclats. Le fou du roi, dans la tradition Shakespearienne, fait également office de conscience collective. Les accessoires, les jeux de lumière, alternant le jaune et le blanc pour accentuer le nacré du costume de Viola/Sebastian, ne sont pas négligés. Viola incarne la bonté et la beauté. Dans Macbeth, des projecteurs, fusaient souvent des rayons rougeâtres, connotant le complot, l'esprit de méchanceté, le meutre, le sang. Ici les instruments musicaux, ravane, percussions, guitare acoustique traduisent des ambiances qui ne sont pas étrangères aux Mauriciens. Twelfth Night respecte pourtant l'anglais pur et shakespearien mais ne s'éloigne jamais du public. Une bonne note à Border Crossings et une bonne excuse pour aller voir la pièce. |
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